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Rapport sur l’assaut de la villa de Nogent-sur-Marne (14 mai 1912)
Date de publication : 2009 | version imprimable

Rapport de Georges Touny, directeur de la police municipale de la Préfecture de Police de Paris, au Préfet de police, daté du 14 mai 1912.

Transcription : Laurent LÓPEZ

Source : Archives de la préfecture de Police de Paris (EA 140-141)

Extraits retranscrits du document. Les passages barrés ou illisibles ne sont pas indiqués afin d’alléger la retranscription.

1er feuillet
« Il était six heures du soir le 14 mai 1912 lorsque je suis arrivé à Nogent […], à la maison de Garnier et Valet.
M. Guichard est déjà là avec un certain nombre d’inspecteurs ; plusieurs d’entre eux sont munis de boucliers.
Silencieusement et rapidement, ils s’avancent par l’allée, longeant des jardinets, vers la maison que cachent encore à notre vue d’autres villas.
Je suis à quelque distance ; la petite troupe s’arrête près d’une maison à l’abri de laquelle on peut apercevoir celle des bandits.
Tout à coup, j’entends la voix de Mr. Guichard ; quelques paroles brèves et tout à coup les coups de feu éclatent.
Sous la direction de leur Chef, les Inspecteurs entourent la maison, cernent tous les passages qui pourraient permettre aux malfaiteurs de s’enfuir.
Une femme, dès les premiers coups de revolver, a quitté le refuge des bandits, se rendant au Chef de la Sûreté ; c’est la maîtresse de Garnier.
Elle ne fait aucune difficulté pour avouer que ses complices ne sont autres que Garnier et Valet ; elle ajoute qu’ils sont armés de gros revolvers, qu’ils ont en grande quantité des munitions et des vivres et qu’ils ne se laisseront pas prendre vivants.
La maison où sont enfermés Garnier et Valet, est disposée de telle façon qu’elle se prête beaucoup mieux à la défense qu’à l’attaque […].

2e feuillet
[…] Garnier et Valet ripostent par un feu très nourri et très précis.
De nombreuses balles s’abîment sur les boucliers.
M’étant rendu compte que les malfaiteurs n’avaient plus de chance de s’enfuir par les jardinets j’ai gagné la rue du Viaduc pour m’assurer que de ce côté également toutes les mesures étaient prises pour empêcher la fuite des bandits
Mr. Jean, Officier de paix, avait disposé des gardiens de la paix en bourgeois de chaque côté de chaque côté de l’immeuble assiégé – renforçant la surveillance déjà établie par quelques inspecteurs en embuscade.
Je suis revenu dans les jardins ; les malfaiteurs continuaient à répondre aux coups de feu des agents de police.
Vers six heures et demie, le brigadier Fleury est blessé, puis Cayrouse.
Des gendarmes armés de carabines, des sergents de ville de banlieue viennent renforcer les Inspecteurs ; arrivent également quelques zouaves, beaucoup sans armes.

3e feuillet
Ils sont presque tous employés au service d’ordre le long du viaduc et sont utilisés pour maintenir la foule qui s’est amassée. Quelques zouaves armés, une douzaine peut-être, passent du côté des jardins ; quatre d’entre eux grimpés au 1er étage d’une villa en face de celle des bandits tirent dans leur direction […].
Les gendarmes tirent également. Il est facile de se rendre compte que le tir des assiégeants, inspecteurs, zouaves ou gendarmes ne cause aucun dommage aux assiégés, à qui il est relativement facile d’échapper aux balles, à l’abri des murs de la maison […].
Le feu continue pour tenir en haleine les bandits, qui d’ailleurs ripostent assez régulièrement.
On attend le lancement d’une bombe qui permettra d’ouvrir une brèche et de monter à l’assaut de la villa Bonhours.

4e feuillet
Un peu après 8 heures, Mr. Kling, Directeur du Laboratoire Municipal, réussit à lancer trois paquets de mélinite du haut du viaduc sur la maison – un seul explose.
L’effet est nul.
Il faut se préoccuper de la nuit qui approche, rendant l’attaque plus aléatoire, les chances de fuite plus grandes.
Je fais demander à Paris des torches, et vingt gardiens des Compagnies de réserve. Les gardiens arrivent apportent des torches.
Vers neuf heures et demie, le gardien cycliste des réserves Gamarre lance une bombe que vient de préparer M r. Kling.
A cette bombe est liée un bidon d’essence.
La bombe éclate, l’effet est nul […].

5e feuillet
Il n’y a plus de mélinite.
A cet instant, on songe à attendre le jour pour tenter l’assaut. Je fais demander des gardiens et cinquante gardes républicains pour le cas où il serait indispensable de cerner la maison et de la garder jusqu’au jour. Il faut prévoir, en effet, des relèves fréquentes, la surveillance devant être des plus serrées. Le nombre des curieux augmente.
Vingt-cinq pétards de mélinite sont apportés par un lieutenant de zouaves […]. Enfin tout est préparé pour lancer les explosifs du côté jardin.
Le commandant de zouaves [dit ?] (…)

6e feuillet
(…) qu’il sera plus facile de mettre l’engin du côté de la rue. Il en est ainsi décidé.
Les préparatifs sont très longs.
Une première tentative ne donne pas de résultat […].
Un peu après 2 heures du matin, 25 pétards de mélinite sont placés par deux lieutenants du 23e Dragons ; l’explosion ne produit qu’un effet minime sur l’immeuble. Le silence se fait dans la villa.
Que sont devenus les deux malfaiteurs ?
Un habitant de Nogent s’offre à pénétrer avec son chien, il entre couvert par un bouclier le revolver à la main ; il excite son chien mais l’animal se borne à aboyer et à courir dans le jardin. L’habitant se retire…
Quelques instants après, M. Guichard pénètre dans le jardinet avec deux inspecteurs et un gardien de la paix : Guillebeaud des Réserves & le Lieutenant des zouaves en bourgeois Tournier : les deux inspecteurs & le gardien ont des boucliers : ils inspectent la maison, les malfaiteurs ne tirent pas, aucun bruit.
Mr. Guichard fait revenir le Lieutenant & les agents & revient lui-même sur le chemin du viaduc.
Les malfaiteurs sont-ils encore vivants ?
Sont-ils étourdis par la dernière explosion ?
M. le Préfet de Police consulté donne l’ordre à M. Guichard d’entrer en ayant soin de faire passer d’abord les hommes munis de boucliers ; le Chef de la Sûreté prend quelques inspecteurs, des zouaves, des gendarmes, des gardiens, des sergents de ville avec des chiens de police.
Tous entrent dans le jardin. Je place des gendarmes et des gardiens à la brèche faite dans le grillage côté viaduc pour empêcher l’envahissement de la villa.

7e feuillet
(…) De très nombreux coups de feu sont tirés par les assaillants puis soudain tous ces hommes auxquels sont réunis ceux qui gardaient la façade du côté jardin, se précipitent sur la maison ; à cet instant, les gendarmes et gardiens de faction […] quittent leur poste, s’élancent aussi dans le jardinet suivis par toute la foule de soldats, gendarmes, d’agents & de curieux qu’ils maintenaient, et c’est une cohue indescriptible […]. L’officier de paix Faralicq et moi nous efforçons de calmer tous ces hommes qui veulent voir ! C’est après des efforts inouïs que les inspecteurs & les agents réussissent à emporter les corps des deux malfaiteurs sous le viaduc d’abord & enfin dans une automobile pour être portés à la morgue.
A la nouvelle de la capture des malfaiteurs une joie féroce éclate parmi les milliers de spectateurs accourus […].
Les agents qui ont pris part à ce siège dès le début ont tous fait preuve de courage – il y avait danger, les blessures reçues provenant sans conteste des coups de feu tirés par Garnier & Valet en sont la preuve indiscutable. Les gendarmes & les zouaves placés dans le jardin et dans deux maisonnettes voisines se sont parfaitement conduits – de même le gardien Gamarre – le Lieutenant de zouaves Tournier, [les] lieutenants de Dragons. Tous ces hommes ont couru des dangers sérieux.
Les soldats, agents, gardes placés en dessous du viaduc n’ont fait qu’un service [?] sans danger.

8e feuillet
(…) dans divers journaux que les agents auraient violenté les zouaves, arraché les galons d’un officier. N’ayant pu pénétrer dans la maison, je ne sais ce qui s’est passé mais à en juger par ce que j’ai vu du dehors, il est certain que tous les hommes qui sont entrés dans la villa Bonhours ont dû violemment se bousculer… c’était la ruée, la poussée irrésistible de la foule.
Les corps partis, j’ai vu le Commandant des zouaves, plusieurs de ses officiers, les deux officiers de Dragons, je les ai remerciés de leur précieux concours et le Commandant a fait rassembler ses soldats pour le départ. Pas une plainte n’a été proférée, pas une réclamation ne m’a été faite […].
J’ai laissé sur place un officier de paix Mr. Reisse avec une quarantaine de gardiens pour que, d’accord avec le Commissaire de la localité & les agents & gendarmes de banlieue, la foule soit maintenue en dehors de la maison et je me suis retiré : il était 3 heures de matin.


- Lire La bande à Bonnot : l’assaut final à Nogent (14-15 mai 1912) (Laurent López)

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